Parfois, il arrive dans la boite aux lettres, des livres curieux, des ORNI (Ouvrages Reliés Non Identifiés), et celui dont je vais vous parler aujourd’hui en fait largement partie. C’est un livre de poésies ! Quoi ? Sur ce blog ? Mais ça devient n’importe quoi ici… Toussa, toussa. Oui, mais non. En fait, l’auteur de ces poésies, c’est Aleister Crowley, le magicien à la renommée internationale, un pur génie de l’occultisme, qui nous instruit dans ces œuvres des arcanes de la magie, tant il a su en tirer l’Essence.

Pour en arriver à une si envoûtante profondeur dans sa réflexion, puis dans ses écrits, Crowley a dû faire appel à une très haute sensibilité, une grande appréhension des subtilités du monde visible, et des mondes invisibles. Pour cela, ne faut-il pas être doué d’un esprit affuté d’une part, mais aussi d’une précision couplée à un accès à des dimensions insoupçonnées par le simple mortel, tout ésotériste qu’il soit. Et c’est au travers de la poésie que le Maître se dévoile, en toute simplicité, sur des sujets qui lui sont chers.

Crowley l’artiste

Philippe Pissier, que tout le monde connaît et reconnaît comme étant le traducteur officiel de la Bête 666, a réussi, certainement après un travail acharné, à recréer l’ambiance, la pensée, et la vision de l’auteur, via une traduction précise, et efficace. On imagine sans peine qu’il a fallu retrouver l’état dans lequel Crowley se trouvait alors pour écrire, comprendre et ressentir l’époque et le contexte de l’écriture, et surtout, connaître l’auteur comme un frère, pour pouvoir parler avec ses mots, quand bien même au travers d’une traduction de l’anglais vers le français.

Alors ce livre est comme un songe que l’on parcourt du début à la fin de la nuit. Il faut se laisser guider en découvrant l’amitié entre le très célèbre artiste Rodin, et le fameux occultiste Crowley. Il en résultat une émulation entre les deux, et Crowley se révéla être un véritable artiste, un magicien des mots. L’auteur a étudié la poésie, les vers sont structurés, rythmés, et la traduction est agréable à lire, on peut sans effort entrer dans le monde de l’auteur, et emprunter sa vision élaborée de choses qui pourraient être toutes simples. Mais attention, nous avons quand même à faire avec Crowley. Rodin en dira « Vos poésies ont cette fleur violente, ce bon sens, et cette ironie qui en soient inattendues » : point de niaiserie donc, mais une vision acérée sur son environnement. Et finalement, c’est un peu ça la magie du livre, c’est de regarder les choses simples et de les transformer en moments extraordinaires. Regardons en page 75, le poème sur Madame Rodin. On arrive à imaginer cette femme, tentant de survivre dans l’environnement tourbillonnant de son mari, Crowley voit ce que les autres ne voient pas, chez cette femme qui finalement, est une femme commune du début du 20 e siècle. Mais sous la plume de l’auteur, elle devient singulière. Attardons-nous sur la Résurrection, en page 66, le temps qui passe, d’une étincelle, on passe du début à la fin. C’est le Christ témoin du processus que l’auteur choisit de prendre pour spectateur. Rodin laisse son œuvre pour l’éternité…

Vous irez de surprises en surprises, avec ces textes. Soit vous les lirez les uns à la suite des autres, soit, comme moi, vous laisserez les pages cueillies au hasard vous transporter dans les mots.

L’amitié entre Crowley et Rodin

Nous pouvons largement nous délecter de l’amitié et de la spiritualité qui existait entre les deux amis, puisque de nombreuses lettres de Rodin à Crowley sont reproduites et nous permettent de pénétrer dans leur intimité, dans leur amitié. Et puis, nous aurons aussi des poèmes reproduits, avec non seulement le texte en anglais d’origine, mais aussi la traduction en français de Crowley lui-même. Ce qui nous permet d’apprécier sa maîtrise de la langue de Molière, alors même que dans l’article qui lui est consacré et reproduit en fin d’ouvrage, le journaliste avoue avoir eu du mal à comprendre le français rudimentaire du poète, et s’aida d’un traducteur (également traducteur de quelques poèmes).

Un homme trop peu connu

Je pense que cet ouvrage judicieusement publié par les éditions Arachnoïde sur un papier de qualité, précieux même, en couleur (quelques lithographies sont reproduites, autrefois offertes par Rodin), est un outil nécessaire pour qui veut comprendre l’oeuvre globale de Crowley. Le lecteur pourra ainsi comprendre son extrême sensibilité, sa vision pointue et précise des évènements auxquels il participe, des personnages qu’il rencontre. Son œuvre purement magique devient plus compréhensible lorsque l’on rencontre le poète. Tout comme sa poésie est plus claire quand l’on s’adonne à la curiosité d’aborder ses livres magiques.

Un beau moment de poésie, dans un style du pur 19esiècle sur le déclin, essayant vainement de continuer sur ce 20esiècle balbutiant. Alors, pour rencontrer Monsieur Crowley, il faudra s’élancer dans un voyage, dans le temps, et dans l’esprit. Une belle expérience.

Pour se procurer le livre : https://www.mollat.com/livres/2257243/aleister-crowley-le-dit-de-rodin-precede-de-49-toasts-pour-un-siecle-qui-s-eloigne?fbclid=IwAR1yDAjrlDdH1SzExr3e3HisEZMa7jgEgx3Z53rklN7VZNU9qdSm9gX9NlQ

 

 

 

 

Publicités